Carmel-de-Laval


Zachée chez les saints du Carmel


 

Lettre 137 de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus à sa sœur Céline

Jésus nous a attirées ensemble quoique par des voies différentes ensemble Il nous à élevées au-dessus de toutes les choses fragiles de ce monde dont la figure passe, Il a mis pour ainsi dire toutes choses sous nos pieds. Comme Zachée nous sommes montées sur un arbre pour voir Jésus..
Alors nous pouvions dire avec St Jean de la Croix : " Tout est à moi, tout est pour moi, la terre est à moi, les cieux à moi, Dieu est à moi et la Mère de mon Dieu est à moi.... Céline, quel mystère que notre grandeur en Jésus... Voilà tout ce que Jésus nous a montré en nous fusant monter sur l’arbre symbolique dont je te parlais tout à l’heure. Et maintenant quelle science va-t-Il nous enseigner ? Ne nous a-t-Il pas tout appris ?... Ecoutons ce qu’Il nous dit :" Hâtez-vous de descendre, il faut que je loge aujourd’hui chez vous. " Eh quoi ! Jésus nous dit de descendre... Où donc faut-il descendre ? Céline, tu le sais mieux que moi, cependant laisse moi te dire où nous devons maintenant suivre Jésus. Autrefois les Juifs demandaient à notre divin Sauveur : " Maître, où logez-vous ? " et Il leur répondit :" Les renards ont leur tanière, les oiseaux du Ciel leurs nids et moi je n’ai pas où reposer la tête. " Voilà où nous devons descendre afin de pouvoir servir de demeure à Jésus. Etre si pauvre que nous n’ayons pas où reposer la tête. Voilà, ma Céline-chérie, ce que Jésus a fait dans mon âme pendant ma retraite... Tu comprends qu’il s’agit de l’intérieur. D’ailleurs l’extérieur n’a-t-il pas déjà été réduit à rien, par l’épreuve si douloureuse de Caen ?... En notre Père chéri, Jésus nous a atteintes dans la partie extérieure la plus sensible de notre cœur, maintenant laissons-le faire, Il saura achever son oeuvre dans nos âmes... Ce que Jésus désire c’est que nous le recevions dans nos cœurs, sans doute ils sont déjà vides des créatures, mais hélas ! je sens que le mien n’est pas tout à fait vide de moi et c’est pour cela que Jésus me dit de descendre... Lui, le Roi des rois, Il s’est humilié de telle sorte que son visage était caché et que personne ne le reconnaissait... et moi aussi je veux cacher mon visage, je veux que mon bien-aimé seul puisse le voir, qu’Il soit le seul à compter mes larmes... que dans mon cœur au moins il puisse reposer sa tête chérie et sente que là Il est connu et compris !...

De la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité

« Hâte-toi de descendre, car il faut que je demeure aujourd’hui en ta maison . » Le Maître redit incessamment à notre âme cette parole qu’Il adressait un jour à Zachée. « Hâte-toi de descendre. » Mais quelle est donc cette descente qu’Il exige de nous sinon une entrée plus profonde en notre abîme intérieur ? Cet acte n’est pas "une séparation extérieure des choses extérieures", mais une "solitude de l’esprit ", un dégagement de tout ce qui n’est pas Dieu.
(Le Ciel dans la foi)

Voilà le mystère que chante aujourd’hui ma lyre ! Comme à Zachée, mon Maître m’a dit : « Hâte-toi de descendre, car il faut que je loge chez toi... » Hâte-toi de descendre, mais où ? Au plus profond de moi-même : après m’être quittée moi-même, séparée de moi-même, dépouillée de moi-même, en un mot sans moi-même.
. « Il faut que je loge chez toi ! » C’est mon Maître qui m’exprime ce désir ! Mon Maître qui veut habiter en moi, avec le Père et son Esprit d’amour, pour que, selon l’expression du disciple bien-aimé, j’aie « société » avec Eux. « Vous n’êtes plus des hôtes ou des étrangers, mais vous êtes déjà de la maison de Dieu », dit saint Paul. Voilà comment j’entends être « de la maison de Dieu » : c’est en vivant au sein de la tranquille Trinité, en mon abîme intérieur, en cette "forteresse inexpugnable du saint recueillement " dont parle saint Jean de la Croix !
David chantait : « Mon âme tombe en défaillance en entrant dans les parvis du Seigneur. » Il me semble que ce doit être l’attitude de toute âme qui rentre en ses parvis intérieurs pour y contempler son Dieu et pour y prendre fortement son contact : elle « tombe en défaillance », dans un divin évanouissement en face de cet Amour tout-puissant, de cette Majesté infinie qui demeure en elle ! Ce n’est point la vie qui l’abandonne ; mais c’est elle qui méprise cette vie naturelle et qui s’en retire... Car elle sent qu’elle n’est pas digne de son essence si riche, et elle s’en va mourir et s’écouler en son Dieu.
(Dernière retraite)