Carmel-de-Laval


NOEL (Nuit-Aurore-Jour—26-27 décembre)


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Nuit de Noël : 25 décembre

AUJOURD’HUI VOUS EST NÉ UN SAUVEUR (Lc 2,11)

Il est né le divin Enfant…..
Gloire à Dieu, paix aux hommes.

Maintenant qu’était arrivé le temps
où naître il devait,
comme un époux il sortait
de la chambre nuptiale,
embrassant son épouse,
dans ses bras il la portait,
lui que la gracieuse Mère
dans une crèche déposait
entre les animaux
qui alors là se trouvaient.
Les hommes disaient des cantiques,
les anges une mélodie,
fêtant les épousailles
qui entre les deux se faisaient.
Mais Dieu là, dans la crèche,
pleurait et gémissait ;
c’étaient les joyaux que l’épouse
aux noces apportait.
Et la Mère s’émerveillait,
de ce qu’un tel échange elle voyait :
les pleurs de l’homme en Dieu
et dans l’homme l’allégresse ;
chose qui à l’un et à l’autre
si étrangère d’ordinaire était.

(Poème de saint Jean de la Croix, O.C.R. 9, p. 175-177).



Aurore de Noël : 25 décembre

LE NOUVEAU-NÉ COUCHÉ DANS UNE MANGEOIRE (Lc 2,16)

Petit d’homme couché dans une mangeoire, Fils de Dieu caché dans la pauvreté, tu brilles pour moi comme un diamant, à la lumière de ma foi.

La vision de Notre-Seigneur peut être représentée ainsi. Nous avons, dans une cassette d’or, une pierre précieuse d’une immense valeur et douée, en outre, de propriétés admirables. Nous sommes parfaitement sûrs qu’elle est là, bien que nous ne l’ayons jamais vue, et nous expérimentons sa vertu quand nous la portons sur nous. Quoiqu’elle nous soit toujours restée cachée, nous en faisons grand cas, parce qu’elle nous a délivrés de plusieurs maladies qu’elle a la propriété de guérir. Cependant, nous n’osons la regarder ni ouvrir la cassette qui la renferme. D’ailleurs, nous ne le pourrions pas : le secret qui permet de l’ouvrir n’est connu que du maître du joyau, qui, tout en nous le prêtant pour notre utilité, a gardé la clef de la cassette, parce qu’elle reste sa propriété. Il l’ouvrira quand il lui plaira de nous montrer la pierre ; il nous la reprendra même lorsqu’il le trouvera bon, et de fait il en agit ainsi.
Poursuivons maintenant la comparaison. Quelquefois il plaît au maître de la cassette de l’ouvrir soudain, pour la satisfaction de celui auquel il l’a prêtée. Évidemment, ce dernier éprouvera ensuite une joie très vive au souvenir du merveilleux éclat de la pierre, et son aspect demeurera gravé dans sa mémoire. C’est précisément ce qui arrive dans les visions dont je parle. Notre-Seigneur veut-il favoriser tout particulièrement une âme, il lui découvre clairement sa sainte Humanité sous la forme qu’il juge à propos, se montrant tel qu’il était quand il vivait dans le monde, ou bien après sa résurrection. Quoique la vision ait la rapidité de l’éclaire, cette glorieuse image demeure tellement empreinte dans l’imagination, qu’à mon avis elle ne pourra s’en effacer jusqu’au jour où cette saint Humanité se montrera à découvert, pour se laisser posséder sans fin. Bien que je me serve du terme d’image, il faut savoir que cette image ne fait nullement l’effet d’un tableau. A celui qui la voit, elle paraît véritablement vivante. Quelquefois, elle parle à l’âme et lui découvre même de grands secrets. Mais, sachez-le bien, cette apparition se prolonge-t-elle un certain temps, il n’est pas plus possible d’y attacher ses regards que de les fixer sur le soleil ; aussi la vue en est-elle toujours fort rapide.
Ce n’est pas cependant que son éclat fatigue la vue intérieure, comme le soleil fatigue la vue corporelle. Je dis la vue intérieure, car ici c’est elle qui perçoit tout. Quant aux visions qui se perçoivent par les yeux du corps, je ne saurais rien en dire, parce que cette personne, dont je puis parler en si complète connaissance de cause, n’en a jamais eu de semblables, et qu’il est difficile de donner une notion exacte de ce dont on n’a pas l’expérience.
La splendeur de Celui qui se montre alors est comme une lumière infuse, semblable à celle du soleil s’il était couvert d’un voile aussi transparent que le diamant, supposé que pareil voile pût exister. Son vêtement ressemble à de la ptiste. Lorsque Dieu accorde semblable vision à une âme, elle entre presque toujours en extase, parce que sa bassesse ne peut supporter une vue qui inspire tant d’effroi. Ce n’est pas sans motif que je parle d’effroi. Sans doute, l’objet qui se présente aux regards est d’une beauté ravissante et qui dépasse tout ce que l’imagination en mille années ou l’entendement avec tous ses efforts, pourrait se représenter, et cependant sa présence porte avec elle une majesté si souveraine, que l’âme est saisie de frayeur.

(Sainte Thérèse de Jésus, T.4, le Château intérieur, p.155-156)


Jour de Noël : 25 décembre

LE VERBE S’EST FAIT CHAIR (Jn 1, 14)

Le Verbe a demeuré parmi nous et nous avons vu sa gloire.

Au commencement demeurait
le Verbe, et en Dieu vivait,
en qui sa félicité
infinie il possédait.
Ce même Verbe était Dieu,
il se disait le commencement ;
il demeurait au commencement,
et n’avait pas de commencement.
Il était le commencement lui-même ;
et donc point n’en avait.
Le Verbe se nomme Fils,
qui naissait du commencement.
Il l’a toujours conçu
et toujours le concevait ;
toujours il lui donne sa substance,
et toujours il se la gardait.
Et ainsi la gloire du Fils
est celle qu’il avait dans le Père ;
et le Père toute sa gloire
dans le Fils possédait.
Comme l’aimé en son amant
l’un dans l’autre résidait,
et cet amour qui les unit
en même temps s’unissait
avec l’un et avec l’autre
en égalité et valeur.
Trois personnes, un seul aimé
entre tous trois il y avait,
et un amour en elles toutes
et un amant les faisait,
et l’amant est l’aimé
en qui chacune vivait ;
car l’être que les trois possèdent,
chacun le possédait
et chacun d’eux aime
la personne qui cet être possédait.
Cet être, c’est chaque personne,
et lui seul les unissait
d’un lien ineffable
qu’on ne savait dire.
Ce que pour quoi était infini
l’amour qui les unissait,
car les trois ont un seul amour
que l’on disait leur essence.
Car l’amour, plus il est un,
d’autant plus d’amour il faisait.

(Poème de Saint Jean de la Croix, O.C.R. 1, p. 157-159)


26 décembre

HAÏS À CAUSE DE MON NOM (Mt 10,22)

Aux heures douloureuses, quand tout s’acharne sur moi, à qui me confier, sinon à toi, Jésus, le premier des martyrs.

Céleste enfant, c’est toi que je désire,
Nul autre objet ne satisfait mon cœur !
C’en est donc fait, je suis sous ton empire,
De ton amour je ressens les ardeurs !
Guéris ce cœur criminel et coupable,
Qu’il soit blessé de douleur et d’amour !
Célestes plaies, ô plaies si désirables !
Navrez ce cœur, qu’il souffre nuit et jour !

Divin amour, de toute ma personne,
A ton berceau je viens faire le don,
A tes rigueurs mon âme s’abandonne !
Et pour toujours y aveugle ma raison … :
Je ne veux rien, ton cœur est toutes choses,
J’immole ici mes vues et mes désirs
C’est en ton cœur que je veux être close
De ton amour j’accepte le martyre…,

Ah ! Sur la mort fonde mes espérances,
Car je me meurs de ne pouvoir mourir,
Et hâte, Seigneur, hâte ma délivrance !
Brise ces liens, contente mes désirs ! …
Tranche à ton gré, immole ta victime !
Tes coups divins seront pour moi sacrés !
C’est mon bonheur si sous ta main j’expire,
Que tes rigueurs ont pour mon cœur d’attraits !

Divin pasteur, je mets sous ta houlette
Ce cher troupeau confié à mes soins !
Aimable enfant, auprès de ta couchette
Je t’abandonne la mère et les enfants !
Mère d’amour, auguste souveraine,
Daigne en ton sein, oh ! daigne nous placer,
En ton secours, notre puissante Reine,
Tes chères enfants ont bien droit d’espérer.

(Bienheureuse Thérèse de Saint Augustin, Carmel 1994/2, n° 72, p. 58-59)



27 décembre

LE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT (jn 21,20)

Aimer, c’est se livrer à l’Aimé jusqu’au dm suprême

L’Église m’a fait entendre le « Viens épouse du Christ », elle m’a consacrée, et maintenant tout est « consommé, ou plutôt tout commence, car la profession n’est qu’une aurore, et chaque jour ma « vie d’épouse » m’apparaît plus belle, plus lumineuse, plus enveloppée de paix et d’amour. En la nuit qui précéda le grand jour, tandis que j’étais au chœur dans l’attente de l’Époux, j’ai compris que mon Ciel commençait sur la terre, le Ciel dans la foi, avec la souffrance et l’immolation pour Celui que j’aime !… Je voudrais tant l’aimer, l’aimer comme ma séraphique Mère jusqu’à en mourir : « O Victime de l’amour », chantons-nous le jour de sa fête, et voilà toute mon ambition : être la proie de l’amour ! … Il me semble qu’au Carmel cela est si simple de vivre d’amour ; du matin au soir la Règle est là pour nous exprimer instant par instant la volonté du bon Dieu. Si vous saviez comme je l’aime, cette Règle qui est la forme en laquelle Il me veut sainte : je ne sais si j’aurai le bonheur de donner à mon Époux le témoignage du sang, mais du moins, si je mène pleinement ma vie de carmélite, j’ai la consolation de m’user pour Lui, pour Lui seul. Alors qu’importe l’occupation en laquelle Il me veut : puisqu’Il est toujours avec moi, l’oraison, le cœur à cœur ne doit jamais finir ! Je le sens si vivant en mon âme, je n’ai qu’à me recueillir pour le trouver qu-dedans de moi, et c’est cela qui fait tout mon bonheur. Il a mis en mon cœur une soit d’infini et un si grand besoin d’aimer que Lui seul peut rassasier : alors je vais à Lui, comme le petit enfant à sa mère, pour qu’Il comble, qu’Il envahisse tout, et qu’Il me prenne et m’emporte en ses bras : il me semble qu’il faut être si simple avec le bon Dieu !

J’aime tant penser que c’est pour Lui que j’ai tout quitté. C’est si bon de donner quand on aime, et je l’aime tant, ce Dieu qui est jaloux de m’avoir toute pour Lui. Je sens tant d’amour sur mon âme, c’est comme un Océan en lequel je me plonge, je me perds : c’est ma vision sur la terre en attendant le face à face en la lumière. Il est en moi, je suis en Lui, je n’ai qu’à l’aimer, qu’à me laisser aimer, et cela tout le temps, à travers toutes choses : s’éveiller dans l’Amour, se mouvoir dans l’Amour, s’endormir dans l’Amour, l’âme en son Âme, le cœur en son Cœur, les yeux en ses yeux, afin que par son contact Il me purifie, Il me délivre de ma misère.

(Bienheureuse Elisabeth de la Trinité, O.C. LT 169-177, p. 501-502)
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