Carmel-de-Laval


21-22-23-24 Décembre


 
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21 décembre

HEUREUSE CELLE QUI A CRU (Luc 1,45)

L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie, et elle conçut du Saint-Esprit.

Alors il appela un archange
qui saint Gabriel se nommait,
et l’envoya à une jeune fille
qui s’appelait Marie
et par le consentement de celle-ci
le mystère s’accomplissait
dans lequel la Trinité
de chair le Verbe revêtait ;
et, bien que trois fissent l’œuvre,
en un seul elle se faisait ;
et le Verbe s’incarna
dans le ventre de Marie.
Et celui qui avait seulement un Père
maintenant aussi une Mère avait
mais non pas comme n’importe qui,
qui concevrait d’un homme,
car des entrailles d’elle seule
sa chair il recevait,
et c’est pourquoi Fils de Dieu
et de l’homme on le disait.

(Poème de Saint Jean de la Croix, O.C.R. 8, p. 173-175).


22 décembre

MON ESPRIT EXULTE EN DIEU MON SAUVEUR
(Lc 1, 46)

Le OUI de la liberté ouvre à la fécondité de l’amour.

Lorsqu’un ange du Ciel t’offre d’être la Mère
Du Dieu qui doit régner toute l’éternité,
Je te vois préférer, ô Marie, quel mystère !
L’ineffable trésor de la virginité.
Je comprends que ton âme, ô Vierge Immaculée
Soit plus chère qu Seigneur que le divin séjour
Je comprends que ton âme, Humble et Douce Vallée
Peut contenir Jésus. L’océan de l’Amour !

Oh ! je t’aime, Marie, te disant la servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité
Cette vertu cachée te rend toute-puissante
Elle attire en ton cœur La Sainte Trinité
Alors l’Esprit d’Amour te couvrant de son ombrev
Le Fils égal au Père en toi s’est incarné…
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre
Puisqu’on doit l’appeler :
Jésus, ton premier-né !…

O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse
Comme toi je possède en moi Le Tout-Puissant
Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :
Le trésor de la mère appartient à l’enfant
Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie
Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?
Aussi lorsqu’en mon cœur descend la blanche Hostie
Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !…

Tu me le fais sentir, ce n’est pas impossible
De marcher sur tes pas, ô Reine des élus
L’étroit chemin du Ciel, tu l’as rendu visible
En pratiquant toujours les plus humbles vertus.
Auprès de toi, Marie, j’aime à rester petite,
Des grandeurs d’ici-bas je vois la vanité,
Chez sainte Elisabeth, recevant ta visite,
J’apprends à pratiquer l’ardente charité.

Là j’écoute ravie, Douce Reine des anges,
Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur.
Tu m’apprends à chanter les divines louanges
A me glorifier en Jésus mon Sauveur.v
Tes paroles d’amour sont de mystiques roses
Qui doivent embaumer les siècles à venir.
En toi le Tout-Puissant a fait des grandes choses
Je veux les méditer, afin de l’en bénir.

(Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, O.C. PN54, p. 750-751).


23 décembre

SA MISÉRICORDE (Lc 1,58)

En jetant mon regard sur ma vie de pécheur, je vois à l’œuvre en moi, Seigneur, ton amour miséricordieux.

O mon Maître ! ô mon Trésor ! Je ne puis m’exprimer comme je viens de le faire sans verser des larmes et sentir la joie inonder mon âme. Quoi, Seigneur ! vous daignez vivre avec nous ! Dès lors que vous résidez au Très Saint-Sacrement, nous pouvons croire fermement à la réalité de votre présence. C’est une vérité absolue, et nous avons tout droit d’user de la comparaison dont je me suis servie. Si nous n’y mettons nous-mêmes obstacle, nous pouvons trouver notre joie dans votre société, comme vous trouvez votre joie dans la nôtre, car, vous le dites vous-mêmes, vos délices sont d’être avec les enfants des hommes. O mon tendre Maître, quelle parole ! Jamais, au temps même de mes égarements, je n’ai pu l’entendre sans une très vive consolation. Est-il possible, Seigneur, qu’il se trouve une seule âme qui, recevant de vous des grâces et des consolations semblables et sachant que vous trouvez votre joie en sa compagnie, vous offense de nouveau, après tant de faveurs, après des preuves si visibles d’un amour dont elle ne peut douter, puisqu’elle le voit à l’œuvre ? Et bien ! oui, il en est une à qui ce malheur est arrivé, non une fois, mais un grand nombre de fois. Et celle âme, c’est la mienne. Ah ! dans votre bonté, Seigneur, faites que je sois seule dépourvue à ce point de reconnaissance, seule coupable d’une pareille malice, d’un tel excès d’ingratitude. Il est vrai, votre infinie bonté en a tiré quelque bien, car c’est au milieu des plus grandes iniquités que resplendit davantage le trésor de vos miséricordes ! Je vous en conjure, ô mon Dieu, qu’il en soit ainsi ! Que je les chante un jour, et que ce soit à jamais ! Il vous a plu de les faire éclater à mon égard d’une manière merveilleuse, et ceux qui en furent témoins en sont encore dans l’admiration. Moi-même, j’en demeure souvent ravie, et je suis alors mieux en état de vous bénir. Si, revenue à moi, je me trouvais sans vous, je me verrais, ô mon Maître, incapable de tout, si ce n’est de couper les fleurs de ce jardin et de changer encore en un fumier le misérable sol de mon âme. Ne le permettez pas, Seigneur ! Ne laissez pas se perdre celle que vous avez achetée au prix de tant de souffrances, dont vous avez tant de fois payé de nouveau la rançon, que vous avez si souvent arrachée aux dents de l’effroyable dragon !

(sainte Thérèse de Jésus, T. 1, Vie, p.138-139)


24 décembre

UN ASTRE EST VENU NOUS VISITER (Lc 1,78)

Terre de mon cœur, ouvre-toi pour accueillir ton Sauveur.

O amour ! qui faites disparaître dans un Dieu tout ce qu’il doit à sa grandeur, échapperez-vous au juste retour dont je me sens redevable ? Ne dois-je pas me donner sans partage à celui qui vient se donner tout entier à moi ?
Sa miséricordieuse charité. C’est pour tous les hommes, c’est pour les délivrer tous de l’esclavage du péché, c’est pour leur ouvrir à tous l’entrée du Ciel qu’il paraît sur la terre ; j’étais comprise dans cette multitude innombrable de pécheurs qu’il avait la vue et le désir de sauver.
Ses profondes abjections. En quel état paraît à mes yeux le Roi des Rois, le Dieu de l’univers, le dominateur suprême du Ciel et de la Terre ! Quelle escorte va l’environner dans la crèche ! Une étable sera son palais ; une cabane exposée à toutes les injures de l’air sera son asile ; de pauvres bergers composeront sa cours, le souffle de deux animaux sera l’unique adoucissement à ses premières souffrances.
Son état d’infirmités et de souffrances. Jésus les embrasse dès sa naissance, pour m’apprendre à sanctifier les miennes, pour m’y fortifier, et pour m’y consoler. Mais, si le Saint des Saints accepte déjà dans un corps innocent ce douloureux partage, puis-je ne pas m’estimer heureuse des traits de ressemblance qu’il me fournira avec lui-même dans mille circonstances, où je pourrai unir mes souffrances aux siennes.
L’étendue de ses satisfactions. C’est un Dieu qui me prévient, qui me recherche.
Non, il ne viendra point à moi en juge, ni en vengeur, mais en Sauveur et en Père
Que ne trouverai-je pas de ressources auprès d’un cœur qui ne désire que la pleine confiance du mien !
Ce mystère d’un Dieu naissant, doit donc ranimer tout mon amour pour lui.

(Vénérable Louise de France, Méditations eucharistiques, p. 31-33)


Veillée de Noël : 24 décembre

EMMANUEL… DIEU AVEC NOUS (Mt 1,23)

Dieu se fait homme, pour que l’homme devienne Dieu

Que cela soit –dit le Père –
puisque ton amour le méritait.
Et dans cette parole que je dis,
le monde il avait créé,
un palais pour l’épouse,
fait en grande sagesse ;
lequel en deux appartements,
haut et bas, il divisait.
Celui du bas, de variétés
infinies le composait ;
mais celui du haut il l’embellissait
d’admirables pierres précieuses,
pour que l’épouse sache
quel époux elle possédait.
Dans le haut il plaçait
la hiérarchie angélique ;
mais la nature humaine
dans le bas il la mettait,
car elle était dans sa composition
un peu de moindre valeur.
Et bien que l’être et les lieux
de cette sorte il partageât,
tous sont un seul corps
de l’épouse qu’il disait ;
car l’amour d’un même Époux v
une seule épouse les faisait.
Ceux d’en-haut possédaient
l’Époux dans l’allégresse
ceux d’en-bas dans l’espérance
de foi qu’il leur infusait,
en leur disant qu’un temps viendrait
où il les grandirait
et que cette bassesse leur,
il la relèverait
en sorte que personne
plus ne la reprocherait ;
parce qu’en tout semblable
à eux il se ferait
et qu’il s’en viendrait avec eux,
et avec eux habiterait ;
et que Dieu serait homme
et que l’homme Dieu serait,
et qu’il parlerait avec eux,
mangerait et boirait ;
et qu’avec eux sans cesse
lui-même il resterait
jusqu’à la consommation
de ce siècle qui courait,
quand ils se réjouiraient ensemble,
dans une mélodie éternelle.
Car il était la tête
de l’épouse qu’il avait ;
à laquelle tous les membres
des justes il joindrait,
qui sont le corps de l’épouse,
il la prendrait
en ses bras tendrement
et là son amour lui donnerait ;
ainsi joints en un seul,
au Père il la porterait,
là où de la même joie
dont jouit le Père elle jouirait ;
car, comme le Père et le Fils
et celui qui d’eux procédait,
l’un vit dans l’autre,
ainsi l’épouse serait,
qui absorbée en Dieu
la vie de Dieu vivrait.

(Poème de saint Jean de la Croix, O.C.R. 4, p.163-167)