Carmel-de-Laval


17 -18-19-20 Décembre


 

17 décembre

TABLE DES ORIGINES DE JÉSUS-CHRIST (Mt 1,1)

L’éternel engendré du Père entre dans le temps et l’histoire en devenant homme.

O Dieu, toi qui es essentiellement amour, non point seulement celui qui aime, mais celui qui est tout amour ! O Dieu, toi qui es essentiellement la bonté même et par qui est bon tout ce qui est bon ! O Dieu, toi qui essentiellement la beauté même dans laquelle sont contenues toutes les splendeurs des plus éclatantes beautés créées ! O Amour incréé qui brûles toujours sans jamais t’éteindre ! O Amour qui vis à jamais et qui bouillonnes au sein de Dieu ! O éternel battement du cœur du Père qui imprimes ton sceau sur la face du Fils ! O feu inextinguible qui embrases les cœurs d’amoureuses flammes ! Pourquoi ne lances-tu pas en mon âme de vives étincelles d’amour ?

Pourquoi ne se fond-elle pas à la chaleur ? O mon Seigneur, la chaleur chauffe, le froid refroidit, la lumière éclaire ; comment donc, ô mon Époux, ne m’embrases-tu pas d’amour, puisque tu n’es qu’amour ? L’effet propre de l’amour, c’est de faire aimer comme celui du feu est de chauffer, du froid de refroidir et de la lumière de briller. O mon Dieu, repos de ma vie, lumière de mes yeux, paradis de mon cœur, rassasiement de mes désirs et centre de mon âme, quand, ô mon très aimant Époux, quand vous posséderai-je au plus intime de mon âme ? Quand serai-je tout à vous et vous tout à moi ?

Quand serai-ce, ô mon Roi ? Quand ce jour viendra-t-il ? Oh ! oui, quand serai-ce ? Oh ! quelle longue attente ! Presse-toi, ô mon bon Jésus, ne tarde plus. Accours, mon doux ami, avec la légèreté du cerf et des chèvres des montagnes. Embrase-moi d’amour ; plonge-moi dans l’amour, calcine-moi dans l’amour ; dévore-moi et transforme-moi en toi. Donne-moi enfin, ô Seigneur, ta volonté infinie afin que, me servant d’elle pour t’aimer, je puisse satisfaire mon insatiable soif d’amour et l’amour immense que je te dois, en t’aimant infiniment pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il

(Vénérable Jean de Jésus Marie Aravallès, traité de l’oraison, p. 176-177)
Le jour où paraît ta puissance,
Tu es prince, éblouissant de sainteté :
« comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré ».
(Ps 109)


18 décembre.
IL PRIT CHEZ LUI SON ÉPOUSE (Mt 1,24) .

Épouse inépousée, en laquelle le Verbe prend chair. Contemplative de Dieu, Marie, tu demeures charité pour les hommes.

« Si tu savais le don de Dieu… » Il est une créature qui connut ce don de Dieu, une créature qui n’en perdit pas une parcelle, une créature qui fut si pure, si lumineuse, qu’elle semble être la Lumière elle-même : « Miroir de Justice ». Une créature dont la vie fut si simple, si perdue en Dieu que l’on ne peut presque rien en dire. .

Virgo fidélis : c’est la Vierge fidèle, « celle qui gardait toutes choses en son cœur ». Elle se tenait si petite, si recueillie en face de dieu, dans le secret du temple, qu’elle attirait les complaisances de la Trinité sainte : « Parce qu’Il a regardé la bassesse de sa servante, désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse !… » Le Père se penchant vers cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut qu’elle soit la Mère dans le temps de Celui dont Il est le Père dans l’éternité. Alors l’Esprit d’amour qui préside à toutes les opérations de Dieu survint ; la Vierge dit son fiat : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole », et le plus grand des mystères fut accompli. Et par la descente du Verbe en elle Marie fut pour toujours la proie de Dieu. .

Il me semble que l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car à travers tout la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité : l’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth. Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure. Car, dit un pieux auteur, si la contemplation « s’en va vers la louange et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du Ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le Ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève, et reprend, brûlante de son feu, le chemin de la hauteur ». .

(Bienheureuse Élisabeth de la Trinité, O.C., p. 123-124) .


19 décembre .

OFFRIR L’ENCENS (Lc 1,19) .

Mon offrande, c’est mon amour pour toi, Seigneur, dont la fidélité est sans faille. .

O mon tendre Maître ! Que vous êtes bien l’ami véritable ! Étant tout-puissant, ce que vous voulez, vous le pouvez. Et jamais vous ne manquez de vouloir, quand on vous aime. Ah ! que tout ce qui est ici-bas vous loue, Seigneur ! Et que ne puis-je faire retentir ma voix dans l’univers, pour annoncer combien vous êtes fidèle à vos amis ! Toutes les créatures peuvent nous manquer : vous qui en êtes le Maître, vous ne nous manquez jamais. Que vous laissez souffrir peu de temps ceux qui vous aiment ! O mon Maître ! de quelle délicatesse, de quelle attention, de quelle tendresse, vous usez envers eux ! Trop heureux celui qui n’aurait jamais rien aimé hors de vous ! Il est vrai, vous éprouvez rigoureusement vos amis, mais c’est, je crois, pour mieux faire éclater, dans l’excès de la souffrance, l’excès plus grand encore de votre amour. O mon Dieu ! que n’ai-je de l’intelligence, du savoir, que n’ai-je un langage nouveau, pour exalter vos œuvres telles que mon âme les conçoit ! Tout me fait défaut, mon Seigneur. Mais pourvu que vous ne m’abandonniez pas, moi, je ne vous abandonnerai jamais. Que tous les hommes de science s’élèvent contre moi, que toutes les créatures me persécutent, que les démons m’accablent de tourments ! Pour vous, Seigneur, ne m’abandonnez pas !Je sais par expérience avec quels avantages vous faites sortir de l’épreuve ceux qui ne mettent qu’en vous leur confiance. .

(Sainte Thérèse de Jésus, T.1, Vie, p.232-233). .


20 décembre.

TU VAS ENFANTER UN FILS (Lc 1,30) .

Mère virginale, tu donneras naissance au Fils, chair de ta chair, par l’action de l’Esprit-Saint. .

Maintenant que le temps était arrivé.
où il convenait que se fit.
la délivrance de l’épouse, .
qui sous un dur joug servait, .
sous cette loi.
que Moïse lui avait donnée, .
le Père avec un tendre amour.
de cette manière disait : .

- Tu vois maintenant, Fils que ton épouse.
à ton image je l’avais faite.
et, en ce qu’elle te ressemble, .
bien elle te convenait ; .
mais elle diffère en la chair.
qu’en ton être simple elle n’avait pas. .
Dans les amours parfaites.
cette loi était nécessaire, .
que devienne semblable.
l’amant à cette qu’il aimait, .
car la ressemblance plus grande.
plus de joie contenait, .
laquelle, sans doute, en ton épouse.
grandement croîtrait, .
si elle te voyait semblable.
par la chair qu’elle possédait. .

- Ma volonté est la tienne.
le Fils lui répondait – .
et la gloire que je possède.
est que ta volonté soit la mienne ; .
et à ce moi il me convient, Père, .
ce que ton Altesse disait, .
car de cette manière.
ta bonté mieux se verrait. .
On verra ta grande puissance, .
ta justice et ta sagesse ; .
j’irai le dire au monde .
et connaître je lui ferais.
ta beauté et ta douceur .
et ta souveraineté. .
J’irai chercher mon épouse.
et sur moi je prendrais.
ses fatigues et ses peines, .
dans lesquelles tant elle souffrait.
et, pour qu’elle ait la vie, .
pour elle je mourrais, .
et, la tirant de la fosse, .
à toi je l’amènerais. .

(Poème de Saint Jean de la Croix, O.C.R. 7, p. 171-173) .